Nous avons juste échappé aux menottes...

Article publié le , par Le vestiaire nantais

Le FC Nantes jouait le dernier match de sa saison à Amiens face au RC Lens samedi soir. Mais l'essentiel était ailleurs. 16 supporters du club sont restés 15 heures en garde à vue alors qu'ils venaient juste au stade la Licorne pour encourager leur équipe. Récit de cette soirée.


Nous avons juste échappé aux menottes...

Supporters pas criminels. C'est par cette phrase que beaucoup d'ultras français dénoncent les récents, mais nombreux, arrêtés préfectoraux mis en place par les différents préfets, afin d'empêcher les déplacements de supporters. Mais c'est le samedi 23 mai qu'elle a prit tout son sens. Mathieu, supporter nantais présent à Amiens, a accepté de raconter une soirée qu'il n'est surement pas près d'oublier. J'ai décidé de vous faire partager son témoignage sans modifications, tel qu'il me l'a fait parvenir.

"J'ai fais le déplacement avec mon frère, Maxime, âgé de 35 ans, soit 10 de plus que moi. Nous nous somme d'abord rendu sur Abbeville, ville située à moins de 50km d'Amiens. Ayant de la famille là bas, nous avons posé nos valises chez  notre cousin pour nous mettre en route vers le stade de la Licorne. Mon frère, que je trouvais un peu parano, avait élaboré un plan pour nous rendre au stade sans se faire trop remarquer. N'ayant pas pu nous procurer une voiture immatriculée dans la région Picardie ou Nord Pas de Calais, nous nous y sommes rendu avec notre voiture immatriculée 44. Grave erreur.

Contrôle de police et de gendarmerie aux abords du stade. Petit interrogatoire de bienvenue, nous avons voulu jouer franc-jeu pensant que notre honnêteté paierait. Deuxième erreur. Rapide fouille de la voiture, aucun signe s'apparentant au FC Nantes, que se soit sur nous ou même dans la voiture. Des gendarmes assez courtois et des discussions très calmes, jusqu'à ce que trois hommes se pointent. Un seul prit la parole, avec une allure de Phillipe Etchebest et un ton qui frôlait les tentatives d'intimidation, nous étions tout de suite dans l'ambiance.

J'ignore encore qui était ce monsieur, mais nous pensons que c'était un responsable de la ligue ou un très haut gradé des forces de l'ordre. Nous attendons donc qu'une patrouille faisant les allers retours depuis le commissariat d'Amiens revienne. Fiche de "Mise à Disposition" remplies, une première fouille effectuée, nous montons donc dans le fourgon de police en direction du centre ville d'Amiens. Traitement de faveur, gyrophares et sirènes, nous avons juste échappé aux menottes.

18h07. Arrivée au commissariat, notification de la garde à vue. Deuxième fouille. Nous mettons nos effets personnels dans une boîte (montre, ceinture, cigarettes, téléphone portable). Premier contact avec la cellule de garde à vue. Nous sommes les premiers arrivés. Environ 6m2. Toilette "à la turque" dans un coin. Une couchette. Notre audition a suivie, une vingtaine de minutes plus tard. Des questions diverses : parents, enfants, employeur, loyer, salaire. Presque tout est passé à la loupe. Vient ensuite la question de ce fameux arrêté préfectoral et notre décision de ne pas le respecter.

Nous expliquons que nous avions acheté nos places mi-avril, bien avant cette décision préfectorale, et nous avions pris le risque de jouer au jeu du chat et la souris. Des officiers de police compatissants, obéissant aux ordres donnés mais sans vraiment comprendre les vraies raisons d'un tel dispositif. Ils nous annoncent tous une heure de départ aux alentours des 23h. De retour en cellule, deux camarades nantais sont là. Pour les mêmes raisons, ils sont des supporters du FCN venant de la région parisienne et se sont fait interpeller pour le port d'écharpe du FCN. L'un d'entre eux est mineur. Après une demi-heure à 4, le cadet nous quitte car la loi stipule que les mineurs doivent être mis à part.

Les minutes passent, d'autres supporters nantais arrivent, ils sont placés dans une autre cellule. Aucun contact avec eux. Je ne sais pas qui ils sont et comment cela s'est passé pour eux. Précision : nous étions dans le seul commissariat d'Amiens disposant de cellules de garde à vue. Elles étaient au nombre de 3. Si je ne dis pas de bêtises, le nombre maximum est de 3 personnes par cellules. Nous étions une petite vingtaine ce soir là, dont 2 mineurs à part, faites le calcul sur les places restantes. Les heures tournent lentement, malgré la conversation, cela semble interminable. Sans horloge le temps passe encore moins vite. D'autres supporters viennent garnir les cellules.

Arrive un habitant de Boulogne Sur Mer, venu accompagné un ami supporter du FC Nantes. Lui même ne s'intéressant pas vraiment au foot, il n'avait même pas connaissance de l'arrêté mis en place ce soir là. Il a fait les frais du zèle des hauts dirigeants de la ligue. Les policiers lui annoncent un départ assez rapide, vu sa situation. Il n'en est rien. Toujours en cellule après notre sortie à 10h15. Nous apprenons qu'un gendarme venu de la région de Beauvais est également en cellule, lui aussi supporter du FCN. Nous sommes désormais 6 dans la cellule. Deux copains venus assistés au match arrivent aussi.

Nous apprenons entre temps que le FCN perd 1-0 mais ce n'est franchement pas notre souci principal. Sur les coups de 22h30 (je crois) nous entendons deux nouveaux individus entrer. Le ton monte avec les forces de l'ordre, les deux hommes sont alcoolisés, mais rien de bien grave. Le ton redescend et les individus sont conduit dans notre cellule. Oh surprise, ils sont supporters lensois. Il faut croire que le fort contentieux entre supporters des deux équipes a ses limites, limité surtout par la place dans les cellules.

L'ambiance est bon enfant, chacun raconte son histoire. Franchement, nous avons bien rigolé. Jusqu'au dernières auditions nantaises de notre cellule et l'annonce que nous passerons toute la nuit dans ce trou. Incompréhension, nous restons calmes et on nous explique qu'il faut que le procureur valide nos sorties. Mensonge, encore une fois. Après une nuit plus que rude, entassés à 8, à dormir à même le sol avec 4 couvertures pour seul réconfort, nous essayons de trouver le sommeil dans ce qui s'annonce comme la plus longue nuit que j'ai vécu.

Un des lensois s'est fait auditionner, des pétards dans le stade lui sont reprochés. Il a pris ses responsabilités et tout s'est bien passé. Il a posé une question à l'officier de police : "Pourquoi avoir interdits de déplacement les supporters nantais, avec lesquels il y a soit disant eu de graves conflits, pour nous mettre en fait dans la même cellule qu'eux ?" La seule réponse de ce monsieur a été "Ferme ta gueule" La nuit passe, le calme s'installe.

4h00, audition du dernier lensois. Rien de bien intéressant si ce n'est que l'heure de fin de grade à vue est passée à un créneau entre 10h et 12h. Les rondes des agents se succèdent, de nouveaux arrivent et nous avons plus de renseignements sur le pourquoi de cette attente. L'officier nous conseille même de contacter les médias, afin que notre malheur ne reste pas sous silence. Nous devons en fait attendre 8h, que l'officier chargé de relever nos empreintes et de prendre les photos arrive. Je vous passe les détails d'une nuit assez difficile.

8h00. L'officier arrive et nous l'entendons dire que ses collègues auraient mieux fait de l'appeler hier à 23h. Cela aurait été beaucoup plus simple pour tout le monde. Bref. Nous posons donc pour le fichier Gaspard (oh joie...) avec photos et empreintes. Tout le monde se réveille doucement, le petit déjeuner arrive. Nous passons tour à tour et les nouvelles de sorties se font plus précises. On nous a annoncé une sortie avant midi. Finalement, mon frère et moi sommes dehors à 10h15. Visiblement bien  avant le reste du groupe. Je ne sais pas vraiment à quelle heure ils sont sortis. Après une demi-heure de marche pour rejoindre notre voiture, nous partons définitivement d'Amiens avec une expérience que l'on espère ne jamais revivre."

Voici donc ce qui attendait les supporters nantais à Amiens. Aujourd'hui les hautes instances, qu'elles soient policières, sportives ou gouvernementales, cautionnent ce genre de débordements d'autorités. Au moment où j'écris ces lignes, le FC Nantes ne s'est toujours pas exprimé sur le sujet, alors que Lucas Deaux, notamment, a lui apporté son soutien aux supporters présents en Picardie. De leur côté, les joueurs se sont inclinés 1-0, malgré 67% de possession de balle et 16 tirs, contre le RC Lens, dernier de Ligue 1 et déjà relégué. Mais franchement, est-ce le plus important...


Merci à Mathieu, supporter présent lors de ces évènements, de m'avoir raconté entièrement la triste soirée que lui et les autres supporters ont vécus dans ce commissariat d'Amiens.

Rédaction : Corentin PINGEON (@Cooc_P)
Photo : Arrêté Préfectoral RC Lens / FC Nantes (Préfecture de Picardie)


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